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Papa, c’était où la Savoie avant ?

Papa, c’était où la Savoie avant ?

C’est l’été, les vacances et la belle saison ne doit pas être gâchée par de mauvaises nouvelles. Alors dans les stations de radio aux infos lénifiantes, le pauvre étudiant journaliste stagiaire, abandonné à Paris par ses confrères qui bronzent à Saint-Trop, ne sait pas trop quoi raconter pour meubler les vides entre les pubs. Il a donc recours aux bons vieux marronniers que sont les chroniques touristiques, dans lesquelles on explique complaisamment aux citadins où et comment ils peuvent étaler leur suffisance ou leur arrogance estivale.

Et voilà que ce matin de septembre 2019, c’est Annecy qui est au programme, avec les clichés habituels : le lac tout propre, la Tournette qui domine et les rives du Thiou où vous trouverez bien des touristes bâfrant une tartiflette en plein soleil. Puis vient la Venise des Alpes et la comparaison avec les lacs italiens et, enfin, l’idiotie à laquelle on ne pouvait échapper « Annecy, avant d’être italienne, était déjà une ville de montagne ». Hé, ho, l’apprenti journaliste, tu aurais du prendre l’option histoire-géo à l’université. Annecy n’a jamais été italienne puisque l’Italie n’existait pas encore quand Badinguet a annexé la Savoie en 1860. Mais les légendes ont la peau dure. Idem pour le « Mais avant, vous étiez sardes ». Hé gros bobet d’outre-Rhône, c’est la Sardaigne qui appartenait au Duché de Savoie. Et Paris c’était allemand en 40 ?

Mais l’étudiant journaliste n’est pas seul à raconter n’importe quoi.  Il y avait aussi sur les ondes un nomme Petit-Peugeot, ou un nom dans ce genre, ex-métallo reconverti dans la malbouffe et auto-proclamé critique gastronomique qui, entre deux pubs pour un super-discount, pérorait sur la similitude entre la cuisine des bords du lac et celle de la botte voisine, pour finalement nous asséner cette même idiotie éculée « Il est vrai qu’avant la Savoie était italienne ». Sacré gâte-sauce, remplace donc tes mauvais bouquins de recettes par un bon bouquin d’histoire, et tu apprendrais alors que c’était une partie de l’Italie actuelle qui appartenait à la Maison de Savoie.

Il faut cependant accorder au stagiaire journaliste et au chroniqueur gargotier des circonstances atténuantes quand on connait la manière dont l’histoire de la Savoie a été occultée et déformée par le grand colonisateur voisin, expert en trucages historiques. Les habitants des antipodes n’ont-ils pas appris que leurs ancêtres étaient des gaulois, tandis que l’histoire de France telle qu’elle est enseignée n’est qu’une grande farce, de Vercingétorix à la résistance, en passant par Soissons et Domrémy. Peut-on s’en étonner quand on sait que l’histoire de France officielle a largement été inventée par le même Badinguet, aussi affabulateur que menteur, comme le sont souvent les nabots à talonnettes ?

Et une dernière pour la route de la part d’un chroniqueur mondain du 8 ème arrondissement, un certain Ariel Visemal ou un nom approchant et qui n’hésite pas à affirmer « avant la Savoie, c’était la Suisse ». Encore un parisien qui a du mal avec la géographie dès qu’il dépasse les limites du périphérique. Quoique…. Les cantons de Vaud et du Valais ont pendant un certain temps appartenu à la Savoie, mais n’exagérons rien, le Duché n’allait quand même pas jusqu’aux berges de la Limmat ou aux pics de l’Oberland. Au fait Ariel, et la Palestine, es-tu sûr qu’avant ce n’était pas en Suisse ?  

Mais alors Papa, si je comprends bien, la Savoie avant, c’était déjà en Savoie. Eh oui, mon petit, tu as tout compris et maintenant que tu le sais, tâche de ne jamais l’oublier.   

5 Replies to “Papa, c’était où la Savoie avant ?”

  1. oh que voilà une publication qui me fait plaisir et qui remet les choses à leurs places !  » c’ est en ordre  » comme dise les GENEVOIS .Je vais m’ empresser de publier sur ma page ! merci de cette mise au point .

  2. Un bien bel article, magnifiquement illustré, avec ce Français découvrant derrière son rideau-drapeau tricolore une Savoie qui n’appartient qu’à elle-même et à personne d’autre !
    Cependant, cette histoire d’une Savoie italienne revient si souvent, par-ci par-là, que cela m’interpelle sérieusement.
    L’auteur de l’article a bien raison d’affirmer que la Savoie n’a jamais été italienne et que c’est au contraire elle, la Savoie, qui a forgé le dernier royaume d’Italie en date (1861), devenu la République italienne en 1946.
    Pourtant on peut comprendre la confusion, même s’il y a un renversement de la chronologie, car en recréant ce royaume d’Italie, la Savoie s’est rendue italienne, tout en devenant simultanément française bien malgré elle. La Savoie était naturellement tournée vers l’Italie sur les plans culturel, architectural, politique, bien plus que vers la France, mais en devenant française elle a dû, à l’image des forts de l’Esseillon contraints d’inverser le sens de leurs canons, être tournée artificiellement vers la France.
    Ne serait-ce pas faire une nique à la France que de déclarer la Savoie italienne ? car si elle l’était, elle serait assurément une région autonome dans la République italienne au lieu d’être noyée au sein d’une méga-région dans la République française.
    Pour les Italiens, les princes de Savoie sont italiens dès le début, car c’est bien dans la péninsule italique que le premier comte, qui n’était pas encore de Savoie, est allé chercher des renforts pour aider l’empereur du Saint Empire romain germanique à prendre possession du royaume de Bourgogne-Provence dont il héritait – et dont la Savoie faisait partie intégrante y prenant de plus en plus d’importance -, alors que le royaume de France voulait se l’approprier militairement. C’est grâce à ces troupes italiennes ramenées par le comte Humbert que le royaume de Bourgogne-Provence, et par conséquent la Savoie, ne sont pas devenus français. D’ailleurs, si la France avait conquis ce royaume, la Savoie existerait-elle ? On comprend donc à quel point il est préférable qu’ait existé une Savoie grâce à l’Italie, plutôt qu’une Savoie jamais sortie du néant si l’empereur du Saint Empire avait perdu la bataille. Et maintenant que la Savoie retourne au néant parce que française, ce n’est qu’un juste retour des choses que de la dire italienne.
    On devrait même regretter que notre Savoie ne le soit pas, italienne, car elle aurait pu faire valoir sa langue d’origine, le savoyard. En effet, si en Italie l’italien est la langue officielle, treize langues minoritaires parlées sur son territoire sont officiellement reconnues : l’allemand et le ladin (Süd-Tirol), le savoyard (arpitan) et le français (vallée d’Aoste), l’occitan (Piémont et Calabre), le slovène et le frioulan (Frioul-Vénétie julienne), le sarde (Sardaigne), le catalan (ville d’Alghero, en Sardaigne), le sicilien (Sicile), l’albanais et le grec (Pouilles et Calabre), le croate (Molise).
    De plus, après toutes ces bonnes raisons citées plus haut, il n’y aurait aucune honte à être italienne pour la Savoie, parce que l’Italie est le pays où s’est développée la quintessence de la culture européenne. Savez-vous que la France lui doit sa cuisine, ses jardins (les jardins à la française sont en réalité des jardins à l’italienne), une partie de son architecture (Louis XIV a fait copier les forteresses et les palais de la Savoie piémontaise pour avoir les mêmes en France, mais en plus grand…), ses opéras, etc.
    De toutes façons, que revive la Savoie, une Savoie bien savoyarde, bien savoisienne, qui pourrait s’allier avec qui elle veut : l’Italie, la Suisse, la Chine, et pourquoi pas, la France…

  3. En effet la Savoie est tombée au plus mal en étant annexée par la France. Italienne elle aurait été une région autonome, suisse: un canton avec son propre gouvernement, allemande: un Land autonome, française: elle n’est rien qu’encore un peu folklorique, noyée dans le non sens d’une mégarégion inhomogène, sans aucun pouvoir de décision autre que les pots de fleurs sur les rond-points. Il est vrai, et je le ressent personnellement, que les vrais Savoyards ont plus d’affinités pour les Valdotins ou les Piémontais que pour les Lyonnais ou les Grenoblois. Intrinsèquement les goûts et la façon d’être italienne collent bien mieux avec la Savoie que les goûts et la façon d’être française. Rappelons que les touristes français sont les moins appréciés à l’étranger, il vaut mieux se déclarer Savoyard (malheureusement souvent inconnu de l’étranger), Suisse ou Italien plutôt que Français si l’on veut bien se faire voir à l’étranger.
    Je ne sais plus qui avait dit que « la Savoie était une Suisse qui a mal tourné ». Annexées à la France cette citation se révèle plus juste de jours en jours!

  4. Bonjour Claire, voilà une réponse bien étoffée et à laquelle je souscris pleinement, d’autant plus que je suis l’auteur de l’article où je me suis amusé de clichés qui reviennent souvent. Et bien entendu il n’y a de ma part aucune animosité contre les Italiens qui ont tant apporté à la Gaulle et je préférerai toujours le Val d’Aoste au Val de Marne ou au Val-fourré. D’ailleurs, étant né en Savoie occupée en 1943, je suis sans doute un peu italien. Avec mes plus Cordiales salutations savoisiennes

  5. Merci pour toutes ces informations et connaissances – Nous avons tellement été anesthésié par la domination franchouillarde que nous avons oublié qui nous sommes et d’où nous venons – Mille merci

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