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SAVOIE ET SAVOISIENS

Qu’est-ce qu’un Etat ?

Un Etat, ce sont des hommes.

Trop souvent l’on parle de l’Etat in abstracto, sans s’interroger sur sa véritable nature. L’Etat français pille la Savoie, l’Etat français déclare l’état d’urgence : cet Etat-là que l’on critique à longueur de journée (avec raison !) est une entité fantomatique, omniprésente et creuse. Il n’a guère plus de consistance que l’ogre des contes. Et pourtant, qu’elle est difficile à vivre, l’emprise de cet ogre sur la Savoie !

Tant que l’on n’identifiera pas nettement notre ennemi, nous nous condamnons à charger contre les moulins à vent. Or, le mouvement savoisien est un mouvement ancré dans la réalité. Nous ne sommes pas des songe-creux, des rêveurs qui bâtissons nos châteaux en Espagne.

Les deux têtes de l’hydre française

Il faut donc bien établir ceci que nous nous attaquons à une machine. Un Etat, ce n’est guère plus que  cela : une mécanique abstraite, définie par une constitution. Cette machine n’a d’emprise sur le réel que grâce aux hommes qui la font fonctionner et qui la représentent, hommes qui en somme la traduisent dans le réel. D’où notre affirmation initiale : la France ce sont avant tout des hommes, les fonctionnaires, réduits à l’état de pièces d’une grande machine. Tant que nous n’avons pas devant nous un agent de police ou un employé de mairie nous ne voyons pas la France, elle est une pure chimère. Voici donc l’infrastructure, ce que l’on pourrait appeler la France-machine.

Mais au-dessus de cela il y a une superstructure. Il s’agit des représentations collectives qui enrobent la mécanique étatique d’un manteau d’idées et d’images, qui font de l’Etat français la France. C’est à partir de 1789 et de la Révolution qu’est née l’idée qu’il faut que les personnes soumises à la machine étatique française aient « une certaine idée de la France » et qu’elles soient attachées à cette banale mécanique. Il était essentiel que les citoyens soient trompés par le mirage de cette représentation pour qu’ils acceptassent de donner leur vie pour une France qui n’existait que dans leur esprit. Ce mirage s’entretient au travers de symboles, d’allégories, de chansons : il faut qu’il frappe les sens, l’imagination des hommes, qu’elle soit concrète. C’est ainsi que nait la France-nation, ou si l’on veut la France-image,   « communauté imaginaire et imaginée » selon l’expression de Benedikt Anderson. Jamais les Savoisiens n’auraient voté pour l’annexion s’ils ne s’étaient laissé prendre à cette image. En 1860, Badinguet pouvait leur offrir une image de la France ; Victor-Emmanuel II ne pouvait leur en proposer une d’une Italie encore en chantier, d’où l’annexion. Nous voici de retour à notre affirmation initiale : l’Etat ce sont des hommes, ceux qui croient en son existence, ceux qui l’imagent, l’ensemble de ses citoyens.

Nous nous attaquons donc à deux entités différentes. D’un côté, la France-machine : celle-ci est notre principal obstacle parce que c’est elle qui a les moyens d’action, elle qui nous occupe et nous accable d’impôts. Mais nous avons aussi affaire à la France-image : plus sournoisement dangereuse parce que ses citoyens sont attachés à cette fable, elle a une histoire derrière elle et est pour l’heure plus propre à frapper l’imagination que la Savoie.

Nous livrons un combat politique, parce qu’il nous faut gripper la machine étatique française, la noyauter et enfin la neutraliser ici en Savoie. Ce combat sera long, mais les Français nous donnent eux-mêmes les moyens de triompher, et si nous parvenons à fédérer nos forces nous finirons par réussir, unis dans un même parti. Nous livrons aussi un combat culturel, car un attachement à la France existe. Il est actuellement plus facile de s’imaginer Français que Savoisien, parce que nous n’avons pas encore développé réellement les signes de reconnaissance propres à permettre aux gens d’imaginer la Savoie. La Savoie ne peut que vaincre face à une France qui ne fait plus rêver, dans laquelle ses citoyens ne « se reconnaissent plus ».

Combien de nos proches n’ont-ils pas proféré ces mots depuis les attentats de novembre dernier ? Chacun d’entre eux, qui n’imaginent plus la France comme communauté, est un adhérent potentiel à 100% Savoie.

Mais devons-nous tromper les futurs Savoisiens, leur proposer à nouveau du rêve, c’est-à-dire rien ?

Une Savoie libre dans une Europe libre

Il ressort des paragraphes précédents que le politique découle de l’humain. On ne peut penser de projet politique sans avoir une certaine idée de l’homme. Certes, nous ne pouvons prétendre ici apporter un jugement définitif et éclairant sur la nature humaine. Nous pouvons néanmoins énoncer une caractéristique fondamentale de l’homme : il est un être sensible, en ce sens qu’il est bien plus réceptif au concret qu’à l’abstrait. Ce qui fait appel à ses sens le marquera plus profondément que ce qui en appelle à son esprit. Chaque jour on fait le constat de cette nature sensible de l’homme : Desproges n’est ni le premier ni le dernier à observer que l’on est plus ému par la chute à vélo de son enfant que par un tremblement de terre meurtrier au Mexique.

Cette caractéristique de la nature humaine, aisément observable par tous, conduit à la création de microcosmes, dans lesquels un individu évolue sa vie durant. Les professeurs fréquentent les professeurs de leur établissement, les cheminots d’autres cheminots, et ainsi de suite. Nous sommes sensibles aux moindres variations d’atmosphère au sein de ce microcosme ; quant à ce qu’il se passe ailleurs, il nous est difficile de l’imaginer. La Russie ou l’Irak ont le même degré de réalité que le dahu par rapport à l’entreprise où l’on travaille.

Un Etat fonctionnant autrement que selon une démocratie directe est donc condamné à être un Etat imaginaire. Il est censé conduire ses habitants à se penser sur une échelle supérieure à celle locale ; mais ce que l’on constate, c’est que la France fatigue. Cet effort d’imagination n’est plus possible en son sein parce que le pouvoir y est accaparé par une minorité de politiciens ventrus, parce que les citoyens n’ont aucune emprise sensible sur les décisions d’importance. D’où le désintérêt général pour la chose publique, désintérêt tragique parce qu’il ne vient pas à l’idée de tout le monde que nous autres Savoisiens proposons une alternative à l’oligarchie française.

Bref, devons-nous tendre à nous débarrasser du joug français pour instituer une Savoie-machine et une Savoie-image, qui n’en seraient qu’une reproduction sur plus petite échelle ? Une Savoie qui courrait le risque de ressembler à cette France qui ne nous convient pas ?

Non, parce que la Savoie se pense sur un modèle fédéral. Les Français de 1789 partaient de l’universel pour aboutir au local ; les Savoisiens de 2016 partent du local pour aboutir à l’universel. Notre mouvement offre à chacun de ses adhérents la possibilité de donner du sien dans un projet politique concret, il restitue à chacun sa voix dans le concert démocratique :

EN SAVOIE, A CHAQUE CITOYEN SA VOIX.

Le système présidentiel français nous bâillonnait, venons-en à une démocratie directe telle qu’on la pratique de l’autre côté du Léman : nos voisins suisses n’ont pas l’air de mal s’en porter !

Mais il est évident que la France n’a aucun intérêt à voir s’établir une vraie démocratie fondée sur le dialogue et la participation en Savoie. Quel mauvais exemple à suivre pour les peuples basque, corse et occitan ! On tentera, forcément, de saboter notre beau projet, notre projet d’avenir et d’ouverture. On ne peut donc pas penser la Savoie sans penser l’Europe. De fait, les rapports actuels de production font que nous avons besoin de nos voisins européens pour vivre ; nous avons besoin d’eux, mais nous voulons traiter directement avec l’Italie, la Suisse, l’Allemagne, sans passer par la France, qui ne fait que brider nos initiatives en tentant de faire correspondre le particulier à un universel illusoire. La Suisse comme l’Allemagne sont déjà des Etats fédéraux, comment leurs citoyens ne comprendraient-ils pas nos légitimes aspirations ? Il nous faut donc compter sur leur soutien et leur sympathie pour secouer le joug français.

Et pour fonder une Savoie des citoyens, et pas une Savoie mécanique ou imaginaire. C’est en ceci que notre projet est grand, c’est pour cela qu’un avenir brillant s’ouvre devant nous.

Nous ne voulons pas faire la Savoie : nous voulons réveiller les Savoisiens !

2 Replies to “SAVOIE ET SAVOISIENS”

  1. Magnifique analyse ! BRAVO.
    Il faux donc renverser le flux: de haut en bas pour la France à bas en haut pour la future Savoie, comme ce qui se passe de l’autre côté du Léman où c’est l’habitant d’une commune qui dicte sa loi au gouvernement grâces aux droits d’initiative et de référendum, où la politique est de milice directement rattachée aux besoin de la population et de l’économie et non de formation scolaire, ventrue et rattachée à cette fameuse image chimère déconnectée des besoins réels. En France le peuple est au service du gouvernement, ce sera juste l’inverse dans la future Savoie, comme dans n’importe quelle véritable démocratie. Même l’Italie est plus en avance sur la France avec ses 5 régions autonomes. Autonomes ? terme absent des grands cerveaux de la politique française, au même titre que fédéral, peuple souverain, démocratie directe qui sont malheureusement pour les Français remplacés par république, citoyen, arrêtés préfectoraux ou grève et manifestation.
    Vive la future Savoie!

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