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Lettre ouverte à Monsieur le Préfet de la Haute-Savoie

100% Savoie En Savoie, le 15 avril 2016

Lettre ouverte à Monsieur le Préfet de la Haute-Savoie

Monsieur le Préfet de la Haute-Savoie,

100% Savoie a eu en main votre courrier du 12 janvier 2016 adressé aux chefs d’entreprise. Vous leur demandez instamment d’embaucher des apprentis.

Votre lettre entraîne diverses remarques. Vous commencez par : « Nos entreprises haut-savoyardes ». Je vous rappelle que vous n’êtes que le simple représentant du gouvernement annexant et que vous n’avez aucunement été élu par les habitants de la Savoie. Vous ne représentez donc ni la population de la Savoie et encore moins la Savoie. Vous vous appropriez donc les entreprises de la Savoie, selon la bonne habitude du pays que vous représentez, de faire sien ce qui ne lui appartient pas. Toutes les célébrités savoyardes deviennent, comme par magie, françaises. Le plus haut sommet de l’Europe occidentale, tout comme le plus grand lac de la Savoie, sont devenus français. Et maintenant, ce sont les entreprises savoyardes qui deviennent françaises, etc. Ce qui est fort désobligeant pour les habitants de la Savoie qui se voient désormais confondus avec les Français.

Vous vous étonnez du «manque d’appétence des jeunes» pour le travail et vous avez raison : dans votre pays de France, le rêve de 73% des jeunes de 15-30 ans est de devenir fonctionnaire, selon l’étude Ipsos de mars 2012, ceci à cause des conditions cadre qu’offre votre France, où il est préférable de moins travailler pour gagner mieux, et où il est de mauvais ton de réussir dans sa vie professionnelle. Est-ce là la faute des entreprises de la Savoie ?

Vous enjoignez les entreprises de la Savoie d’engager des apprentis, alors même que votre gouvernement s’enorgueillit de posséder un des taux de bacheliers le plus élevé d’Europe avec 77,2% en 2015, avec but à 80%. Cet important taux est principalement obtenu grâce à la baisse des exigences des baccalauréats. Ainsi un bachelier français pour pouvoir entrer dans une haute école spécialisée suisse doit au minimum présenter une note de 12/20, et dans une école polytechnique fédérale une note de 16/20 pour être à même de suivre l’enseignement ! Parmi les 22,8% restant des étudiants, quelques-uns se tourneront vers le CAP ; imaginez la motivation et l’envie de travailler de ce reliquat ! Or, les entreprises de la Savoie cherchent des gens motivés et entreprenants, non pas des viennent-ensuite qui se tournent vers un CAP faute de capacités de faire un bac aux exigences déjà moindres ! Les entreprises suisses ont la chance de bénéficier d’un système de formation non élitiste, qui ne dévalue pas l’apprentissage (CFC) par rapport à une formation universitaire. Dans ces conditions, former un apprenti est valorisant, contrairement à tenter de former une personne dont la seule motivation est d’être fonctionnaire ! Et pourtant vous essayez inutilement d’en convaincre les entreprises savoyardes !

Vous semblez regretter la concurrence du marché du travail suisse. Ne serait-il pas plus utile de se pencher sur les causes de l’attractivité de ce marché ? La raison en est pourtant simple : la Suisse est un petit pays fédéral à démocratie directe, ouvert sur le monde et qui sait offrir les conditions les meilleures à ses entreprises, alors que votre France est un grand pays centralisé à pseudo-démocratie, enfermé dans l’Union européenne. Votre code du travail d’environ 700 pages est représentatif de la lourdeur de votre système alors que le code du travail suisse est composé d’à peine cent pages ! D’ailleurs vous voudrez bien

expliquer aux habitants de la Savoie pourquoi le flux frontalier est unilatéral. Le problème pour les entreprises de la Savoie n’est pas la Suisse, mais bien votre France ! Vous devriez vous inspirer du livre du français François Garçon : le modèle suisse, pourquoi ils s’en sortent beaucoup mieux que les autres (2008), plutôt que de donner des leçons aux entrepreneurs savoyards !

Vous parlez de la perte de 6’000 salariés qui partent à la retraite, pourquoi ne parlez-vous pas des 700’000 postes perdus ces dix dernières années dans l’industrie française, alors que l’industrie suisse est restée stable avec environ 633’000 emplois durant cette même période ? En dix ans, votre France a fait perdre plus d’emplois industriels que la Suisse en offre ! Comment les industries de la Savoie ne seraient-elles pas à la peine dans ces conditions que leur impose votre système ?

Vous soulignez le fait que la Savoie prépare l’avenir pour garantir la compétitivité de ses entreprises, c’est bien, mais je crois que les départements de la Savoie n’ont pas eu besoin de vous attendre pour être les départements les plus prospères, malgré les boulets que votre gouvernement s’échine à mettre aux pieds des industriels savoyards ! Un décolleteur de la vallée de l’Arve a délocalisé il y a quelques années dans cet ancien Etat de Savoie qu’est devenu le canton de Vaud. Il a confirmé le bien-fondé de cette délocalisation : il paye mieux ses ouvriers qui sont dès lors nettement plus motivés ; il ne vend pas ses pièces plus cher qu’avant car il a bien moins de charges ; il profite du Swissmade autrement plus réputé que le made in France ; il profite des accords bilatéraux économiques que la Suisse a réussi à signer directement avec les grands pays émergeant sans passer par l’U.E., en vendant facilement dans le monde entier (rappelons que la Suisse est le seul pays occidental à présenter une balance commerciale positive avec la Chine, alors que la France n’a plus présenté de balance commerciale globale positive depuis les années septante !). Dommage qu’à cause de votre système, préparer l’avenir pour une entreprise savoyarde consiste à délocaliser dans l’un des anciens Etats de Savoie qui a eu le privilège de ne pas être français !

Un autre entrepreneur, du Chablais, sous-traite ses pièces en Piémont, autre ancien Etat de Savoie. Celles-ci sont livrées à temps et convenablement manufacturées selon le cahier des charges, ce qui n’était pas le cas avec ses précédents sous-traitants français. Cet entrepreneur confirme que le made in France ne fait plus vendre, contrairement au made in Italy (design), au made in Germany (qualité) ou au Swissmade (les deux). Il se réclame du « Savoie faire » et regrette de ne pas pouvoir appliquer un Savoymade sur ses produits plutôt que le made in France obligatoire, qui a perdu de sa réputation.

J’ai la conviction, Monsieur le Préfet de la Haute-Savoie, que ce n’est pas à ces Savoyards-là qu’il faut donner des leçons dans la conduite de leurs entreprises. Il serait plus utile que vous vous tourniez vers votre gouvernement, afin d’amoindrir les chaînes qui entravent les entreprises de la Savoie.

Imaginez ce que pourraient être les entreprises de la Savoie sous un régime politico-économique de type helvétique : léger, pragmatique, souple, efficace et ouvert – le flux frontalier serait alors équilibré. Mais on n’est pas sûr qu’un esprit français formaté depuis bien trop longtemps au centralisme jacobin-républicain-nombriliste ait les capacités d’imaginer ce postulat. Dommage !

100% Savoie

2 Replies to “Lettre ouverte à Monsieur le Préfet de la Haute-Savoie”

  1. Une erreur s’est glissée; le code du travail fr ce n’est pas 700 pages mais 3 700 pages.

  2. Comment ne pas être d’accord sur au moins 95% de ce qui est dit (les 5% restants étant la normalité de l’opinion de chacun donc je viens de le dire « normaux »)

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