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Il faut changer la locomotive !

Une discussion qui ne vole pas bien haut, une discussion toute faite d’idées reçues, de proverbes et d’analyses faciles menées à grand coups de simplifications, on appelle ça une « discussion de café du commerce ». Nous pourrions, bien entendu, nous demander si l’hémicycle de nos voisins français ne mérite pas d’être nommé dorénavant « café du commerce », vu les propos qui s’y tiennent ; cela dit, les récentes chamailleries entre personnalités de gauches peu adroites et sommités de droite un peu gauches le fait ressembler davantage à une cour d’école primaire.

Quoi qu’il en soit, lorsqu’en sait en tirer la substantifique moelle chère à Rabelais, on peut faire son miel des banalités que l’on échange lors de ces prétendus débats. Nous avons pu ainsi entendre tout à l’heure cette remarque : « si les gens s’habillent tous de la même façon, c’est qu’ils veulent s’uniformiser ». Mais justement, y a-t-il tant de personnes qui tiennent à s’uniformiser ? Manifestement non, vu que moins de 45% des électeurs de Savoie ont tenu à s’exprimer ces dernières semaines lors des élections cantonales.

Nous ne nous reconnaissons plus dans un corps politique jacobin, qui ne représente que lui-même et non les individus qui les élisent. Dans une société de plus en plus individualiste, la centralisation française a-t-elle un sens ? Non, de toute évidence !

L’ennui est que cette évidence ne saute pas aux yeux de l’occupant, qui rechigne à comprendre qu’il ne s’agit plus maintenant de changer de conducteur, mais de locomotive. L’entêtement des politiciens français à maintenir leur système en inadéquation avec les réalités de notre temps ne fait que pousser les présumés électeurs dans un désintérêt de plus en plus marqué pour le jeu politique. Nous risquons donc de nous lasser des gesticulations politiques des divers clowns parlementaires, et de nous contenter de « cultiver notre jardin ». Remède qui convient tout à fait à l’occupant, qui du coup ne risque pas de se voir remis en cause.

La centralisation à fait son temps ; c’est au tour du fédéralisme de prendre la relève. La Suisse a adopté ce système il y a des siècles, et il parait se porter encore bien – mieux en tout cas que le jacobinisme français.

Seulement, une telle réforme n’est pas possible dans un État aussi sclérosé que celui français. Descartes écrivait qu’on ne bâtit rien de stable sur un édifice à la charpente pourrie ; eh bien, il faudrait peut-être songer à abattre cet édifice, et à construire du nouveau.

La renaissance de la Savoie, de la Bretagne, du Pays Basque va de soi, il s’agit en somme de la destinée manifeste de ces pays. C’est au sein de ces États riches d’une histoire séculaire que l’on pourra enfin aboutir à un système fédéral, dans lequel chacun sache qu’il sera réellement représenté aux assemblées publiques. Il est nécessaire que chaque citoyen soit en mesure de s’exprimer en ce qui concerne le sort de son pays ; que le Chablais, la Maurienne, la Tarentaise…puissent s’administrer librement. Il n’y a pas d’autre moyen de lutter contre l’individualisation croissante de la société.

Les Français n’ont pas écouté Alexandre Dumas, les Savoisiens eux, oubliant leur rancœur légitime à l’égard du père général, ne  boudent pas, dans leur esprit de tolérance, le fils: « un pour tous, tous pour un » !