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En mémoire des républicains de Bonneville

colombe

Il est des individus dont a souillé le nom. A la lumière des faits historiques, on ne peut que leur donner raison.

Étaient-ils francs-maçons, catholiques  ou protestants ? Peu importe, ils avaient la sagesse de tenter de s’opposer, de manière prémonitoire et  40 ans en avance, à cette déroute de l’humanité, que sera 1914.

 

 

Le Courrier des Alpes (comité républicain de bonneville)

19 mai 1874

« Mardi, après la lecture de la lettre de M. Piccon*, c’est-à-dire de vouloir le retour de Nice à l’Italie.à  l’Assemblée, un député de la Savoie, M. le marquis Costa de Beauregard, appartenant à la majorité conservatrice,est monté à la tribune pour protester, au nom de la Savoie, contre toute idée séparatiste. « Devant Dieu et à la face du pays, s’est-il écrié, j’affirme qu’aujourd’hui, comme pendant la funeste guerre de 70, les Savoisiens,soit royalistes,soit républicains, se rallieront toujours au cri de : Vive la France !»
Les applaudissements unanimes et chaleureux dont cette déclaration du représentant de la Savoie été couverte n’ont pas empêché certains journaux d’en contester l’opportunité. La Savoie, à les entendre, n’a pas besoin que l’on atteste sa fidélité à la France.
Certes, nous croyons que la Savoie est française de cœur, et d’un cœur solide.Toutefois, le levain séparatiste a osé s’y manifester,et, si réfractaire qu’elle y  soit, il convient, au moment où il fait ailleurs
une impudente éruption, de lui dire son fait sur toute la ligne. Il faut bien rappeler, hélas que, en mai 1871, au moment où les troupes de l’ordre étaient à la veille de dompter l’insurrection communarde, un
comité républicain de Bonneville (Savoie) adressait aux maires de l’arrondissement, avec l’approbation du conseil municipal de ladite cité, une délibération où se lisaient les passages suivants :
Considérant que la guerre désastreuse qui vient d’affliger la France et qui a exposé nos contrées à l’invasion ennemie nous fait craindre pour un avenir prochain la reprise des hostilités ;
Considérant que les luttes sanglantes qui se prolongent sous Paris et dans plusieurs villes importantes, que les partis qui divisent la France sont des causes incessantes de guerre civile ;
Considérant que la paix et la tranquillité sont indispensables à la prospérité de notre pays; que l’appréhension d’une guerre avec l’étranger et la guerre à l’intérieur compléteront notre ruine, qu’elles éloigneront le voyageur de nos contrées et anéantiront nos industries;
Considérant que notre pays a fourni son concours d’hommes et de sacrifices, bien que la neutralité dût l’affranchir de ces charges;
Considérant que le vote de 1860, œuvre de la pression impériale, n’a point été la manifestation libre des aspirations de nos contrées ;
Le comité républicain de Bonneville, à l’unanimité, estime que les populations de laSavoie du Nord ne sont point liées par la votation de 1860, qu’elles doivent se prononcer à nouveau sur leurs destinées ; Que copie de cette délibération sera transmise aux conseils municipaux de la  Savoie du Nord et aux populations pour obtenir leur adhésion aux présentes résolutions.
Signé :F.DUMONT,pharmacien;C.ORSAT,avoué ;F.VERDAN, avoué; L.TAPPAZ ,géomètre; P.BLANC,avocat; P.WEITZ,négociant;J.THÉVENET, rentier.
Vous voyez bien que la Savoie, elle aussi, est affligée de républicô-picconisme. Dans une mesure infime, nous le voulons croire,— infime comme qualité d’éléments et comme quantité ;—mais enfin, cette race d’hommes qui placent leur drapeau de parti au-dessus du drapeau national y existe malheureusement. Puisse la noble déclaration de M. le marquis Costa de Beauregard les avoir fait pâlir et se renfoncer plus profondément dans l’ombre ignominieuse où ils se blottissent, ne comptant que sur de nouveaux malheurs de la France pour oser reparaître au grand jour et recommencer leur propagande de renégats !
Nous nous permettrons, avant de laisser là ce douloureux sujet, de marquer notre surprise de ce qu’en raison de la couleur politique affichée par les séparatistes savoisiens de mai 1871, les députés républicains de ce pays aient laissé prendre à un de leurs collègues monarchistes une initiative qui leur semblait dévolue.(Constitutionnel.) « 
  *Après l’annexion du comté de Nice à la France en 1860, il est élu conseiller général de Sospel en décembre 1860. Il est ensuite élu conseiller municipal de Nice en août 1870, puis nommé maire de Nice après la proclamation de la Troisième République, en septembre 1870. Élu député des Alpes-Maritimes le 8 février 1871, il siège au centre gauche mais démissionne le 7 mai 1874. À la suite d’un discours, il a été en effet accusé par ses adversaires d’être « séparatiste » (https://fr.wikipedia.org/wiki/Louis_Piccon)

 

One Reply to “En mémoire des républicains de Bonneville”

  1. Cette guerre de 1870 pose des problèmes complexes à la Savoie. L’auteur ci-dessous en fait état :
    La Savoie en guerre, 1871
    http://retro-millieres.over-blog.com/2015/08/la-savoie-en-guerre-1871.html
    Auteur : Abbatucci Charles-René, le 19 juillet 2010 à Notre-Dame-des-Millières.

    Le contexte général français est aussi très éclairant sur les suites de cette guerre :
    « Il serait très intéressant, mais il est à peu près impossible, de se rendre compte comment les élections se préparèrent et se déroulèrent en province. Il faudrait pour cela les suivre dans chaque département, car tout mouvement d’ensemble, toute action générale et nationale firent défaut, la guerre ayant brisé l’unité nationale. » (…)
    « Les monarchistes furent les premiers à s’étonner de leur succès, ils l’attribuèrent à l’importance de la question de paix ou de guerre. M. de Falloux écrivait à M. de Rességuier : « La question de paix ou de guerre vient de galvaniser le suffrage universel et vient de nous donner la Chambre introuvable. » Il dit encore : « Les élections se firent durant l’armistice sous la pression d’un irrésistible courant pour la conclusion d’un traité prompt et définitif remplaçant l’armistice. La gauche prit, au contraire de Gambetta, ce mot d’ordre : « Guerre à outrance » et ce programme imprudent, irréfléchi et en réalité si peu patriotique lui porta malheur.
    « Le succès des royalistes avait d’ailleurs d’autres causes. Étrangers au pouvoir depuis vingt-trois ans, ils étaient sans responsabilité dans la catastrophe nationale, à la différence des bonapartistes qui avaient déclenché la guerre et des républicains qui l’avaient prolongée. En l’absence d’une administration locale, communale ou départementale, forte et agissante, au cours de la guerre, les grands propriétaires, grâce à leur fortune, à leur dévouement, à leur autorité morale avaient joué un rôle important. De plus « les familles légitimistes, a écrit de Meaux, étaient celles qui avaient fourni le moins de serviteurs à l’Empire et le plus de volontaires à la défense nationale.
    « (…) Et l’Assemblée, élue dans ces conditions si anormales, allait être appelée à exercer, d’une façon encore tout anormale, une sorte de dictature ».
    http://droitpolitique.com/spip.php?article99#nh4

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