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En 1860, la Savoie devient Française, que se passe-t-il alors pour ses habitants?

On entend très souvent dire et ce encore aujourd’hui, que la Savoie avant de devenir Française, était arriérée, pauvre, peuplée d’analphabètes, d’incultes, de crétins des Alpes et j’en passe et des meilleures. Pour ces mêmes personnes l’annexion de 1860 a été une chance extraordinaire pour la Savoie et ses habitants. Un vrai cadeau tombé du ciel. Cela aurait permis à la Savoie de rejoindre le train du développement, du modernisme, de l’ouverture sur le monde, de l’industrie, de l’éducation dont l’état Français était soi-disant la locomotive.

La France (comme si c’était un être humain) aurait accueilli avec amour en son sein, cette Savoie pauvre et abandonnée, comme sa propre fille et lui aurait dispensé tous les soins, toute l’affection possible pour que sa soi-disante arriération soit comblée le plus vite possible.

Les faits démentent ces contes fantaisistes inventés et entretenus par l’envahisseur et ses affidés. La Savoie dès son annexion (frauduleuse) de 1860 s’est trouvée livrée à un nouveau maitre qui ne s’intéressait qu’à ce qu’il pourrait tirer de sa nouvelle propriété. Pour la Savoie cela n’allait apporter rien de bon, que de la misère et du malheur. Ci-dessous 2 exemples parlant :

La population (source ‘Vie économique et histoire des entreprises de Haute-Savoie de 1815 à 2012 par Roger Bonazzi – édité par La Salevienne)

 En 1848 la population de Savoie du Nord (Hte Savoie) était d’environ 286 000 habitants. En 1900, elle n’était plus que de 263 000. En 1920 après la terrible saignée de la 1ere guerre mondiale (auquelle la Savoie s’est trouvée entrainée bien malgré elle) la population n’était plus que de 235 000 habitants. Il a fallu attendre les années 1950 pour que la population retrouve son niveau de 1848.

 Manufacture d’Annecy – filature et tissage (source ‘Vie économique et histoire des entreprises de Haute-Savoie de 1815 à 2012 par Roger Bonazzi – édité par La Salevienne)

 En 1858, soit 2 ans avant l’annexion la Manufacture d’Annecy (spécialisée dans les Indiennes, une toile de coton avec des impressions en différentes couleurs) comptait 3000 employés (dont 2000 à Annecy). C’était la plus grosse entreprise des Etats de Savoie (Savoie, Piedmont, Nice, Sardaigne, Ligurie). A cette époque Annecy ne comptait pourtant pas plus de 10 000 habitants.

Dès l’annexion, la politique douanière de l’état Français a été appliquée à la Savoie et ce sans discernement. Cela a précipité le déclin et la fin de ce fleuron de l’Industrie Savoyarde. Voilà ce qu’écrit à ce sujet Roger Bonazzi dans son ouvrage ‘Vie économique et histoire des entreprises de Haute-Savoie de 1815 à 2012’

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Au lendemain de la Révolution française, de 1792 à 1815, la Savoie est occupée par les troupes françaises. A Annecy, en 1793, lors de la vente des Biens nationaux, l’architecte Thomas Ruphy acquiert l’ancien couvent Sainte Claire, dans le but d’y installer des moulins sur les bords du Thiou. En 1804, l’industriel lyonnais J.-P. Duport devient propriétaire de l’ancien couvent et y édifie la ‘Manufacture de coton d’Annecy’. Dans le contexte économique favorable du Premier Empire, son entreprise prospère : 1 000 ouvrières et ouvriers y travaillent en 1811. Après la Restauration sarde de 1815, elle est promue ‘Manufacture royale’, par décret du roi de Piémont-Sardaigne, Victor-Emmanuel 1er. En 1819, les deux fils de J.-P, Duport éclairent leurs locaux avec du gaz provenant des mines d’Entrevernes et ouvrent un atelier de teinture et de fabrication de draps et tissus. En 1828, Jean-Gottfried Laueffer, un industriel genevois, rachète la manufacture et installe une filiale en Piémont, à Ponte-Canavese, pour renforcer les liens avec la péninsule italienne. En 1858, 3 000 personnes sont employées par la ‘Manufacture de coton d’Annecy et Pont’ la plus importante du Royaume Sarde.

En 1860, après l’Annexion de la Savoie à la France, la manufacture est privée du régime protectionniste dont elle jouissait en Piémont. Elle perd pied face à la concurrence des industries textiles françaises et anglaises. La situation se détériore. En 1864, M. Laueffer est contraint à la fermeture et au licenciement de 2 000 salariés. Un véritable traumatisme dans une bourgade d’environ 10 000 habitants… Une société anonyme reprend la suite, avec un effectif réduit à 620 collaborateurs : moitié à Annecy, moitié à l’usine de tissage de Cran. Mais, au fil des années, l’entreprise ne parvient pas à redresser la situation. En 1907, la succursale piémontaise est fermée à son tour, tandis que la crise cotonnière de 1930 oblige à nouveau à réduire la voilure. En 1955, alors qu’elle n’employait plus que 37 ouvriers, la filature de coton ferme ses portes.

En 1971, la Ville d’Annecy acquiert terrain et bâtiments, afin d’y lancer un programme de rénovation urbaine dans le quartier qui porte depuis le nom de l’ancienne ‘Manufacture’.

F. B.

One Reply to “En 1860, la Savoie devient Française, que se passe-t-il alors pour ses habitants?”

  1. Sans compter que la Savoie a du s’acquitter de sa quote part de la dette du Piémont des les premières années de l’annexion. Et sans compter le pillage de l’or de la Banque de Savoie envoyé de nuit dans les caisses de l’annexant. Effectivement les Savoisiens doivent beaucoup au rapace qui l’a annexé par duperie dans un 1er temps (1860) puis par les armes en 1871. (3em République).

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